Conversion d’un athlète
Sa religion était le sport, l’éducation physique. Ancien instructeur de l’école de moniteurs de Joinville, bâti comme pas un, il n’avait qu’un Dieu : le sport ; qu’un culte : le muscle, le corps ; qu’un idéal : l’entraînement, la compétition, la performance. Il avait assez bien réussi ; à 62 ans, il n’en paraissait pas 50 et il aurait encore battu bien des jeunes à la course, à la lutte, à la boxe, et surtout au souffle. Il était heureux de vivre, de se savoir « costaud », de sentir le jeu puissant et harmonieux de ses muscles et de toute sa belle machine d’homme. Il ne pensait pas qu’il pût y avoir un autre paradis que celui-là. Et naturellement, sur le plan spirituel, sur le plan moral, quel contraste… Quelle misère ! Rien du costaud alors. Mais le pauvre type… fragile…faiblard…que la moindre tentation, d’où qu’elle vienne, trouve sans défense et renverse inexorablement. Employé dans une usine, il avait même failli aller en prison pour trafic illicite aux courses de chevaux, comme bookmaker. Il avait fallu une intervention énergique de son patron pour lui éviter cette déchéance. l’Église, les sacrements, la vertu, l’Éternité étaient pour lui vides de sens…Au point de vue religieux : le néant. Dieu, Jésus Christ, l’Église, les sacrements, la vertu, l’Éternité étaient pour lui vides de sens, un monde inconnu, fermé, inexistant. Le Seigneur de Bonté emploie des arguments frappantsQuand Il veut ramener à Lui et sauver une âme qui, ne l’ayant jamais rencontré sur sa route, l’ignore, le Seigneur de Bonté emploie parfois des arguments frappants. Un jour, cet homme si fort physiquement et si fier de ses muscles, est pris de malaises particuliers. Placé en observation à l’hôpital il subit des tests médicaux et on diagnostique une affection gangreneuse ou cancéreuse qui lui attaqué la jambe ; il faut immédiatement couper celle-ci jusqu’en haut, jusqu’à la hanche.
Il eut besoin de ce secours plus que la morphineHeureusement, le Seigneur avait tout prévu, comme toujours… Il y avait au bureau de l’usine un employé, ancien retraitant : il avait compris le désarroi du pauvre malade et les possibilités qu’ouvraient à la grâce ces épreuves, cette terrible croix si mal supportée au début. Il se rendit régulièrement à l’hôpital… il commença par essayer de consoler ; il parla de choses mystérieuses et très douces que l’autre ne compris guère d’abord. Peu à peu le mutilé se plut à recevoir ces visites ; il s’accrocha à cet ami qu’il connaissait à peine auparavant et qui venait presque chaque jour, désintéressé, doux, humble, patient, persévérant. Peu à peu, il eut besoin de ce secours plus que la morphine. Il l’attendait.Par lui, il remontait à la surface, à la lumière. Puis, le bon samaritain apporta des livres, des revues, lectures sérieuses, efficaces, qui parlaient aussi de choses mystérieuses. Ces choses commençaient à prendre visage de réalités, déjà consolantes, apaisantes… peut-être même solides, vraies. Puis l’ami compatissant commence, avec précaution, doucement, à parler de Dieu, de son Amour pour les hommes, de Jésus-Christ et de sa Croix, de la valeur du sacrifice, du sens de la souffrance. Il laissa sur la table de nuit des numéros de la revue « Marchons » qui racontait des conversions bouleversantes se produisant au cours de retraites fermées.
Il avait compris qu’il y avait autre chose que le corps, les muscles et le sport.Cette offensive spirituelle fut couronnée de succès, pleinement victorieuse. En effet, lorsque quelques semaines plus tard arriva le moment de l’exeat, l’ex athlète complet, non seulement était sauvé du désespoir, mais il avait compris qu’il y avait autre chose que le corps, les muscles et le sport. Comme Psichari il avait découvert à l’hôpital une chose dont on ne lui avait jamais parlé auparavant ; il avait une âme, une âme immortelle, pleine de possibilités divines.
|